Historique

François Buote
Premier enseignant acadien de l’Île

L’École François-Buote de Charlottetown tient son nom de celui qui a été le premier enseignant acadien de l’Île-du-Prince-Édouard. Ce pionnier a fait la classe de 1815 à 1857.

Né vers 1794 à Rustico, François Buote était le fils de François (dit France) Buote et de Marie Belliveau. Son grand-père, Pierre Buote, originaire de la Normandie, est venu à l’Île comme pêcheur au début des années 1720. En 1723, il a épousé Madeleine Poirier de Beaubassin (près d’Amherst, Nouvelle-Écosse). Le couple s’est établi dans un endroit qui prendra le nom de Pont-à-Buote, lieu situé près d’Aulac (Nouveau-Brunswick) et qui se nomme aujourd’hui Point de Bute.

Pierre Buote, ancêtre de la famille Buote, est mort avant que commence la Déportation des Acadiens. Ses enfants, y inclus France, ont réussi à échapper à la déportation. Après le traité de Paris de 1763, France Buote s’est rendu à l’île de Miquelon où, en 1771, il a épousé Marie Belliveau, une Acadienne originaire de l’Île-du-Prince-Édouard. En 1778, durant la Guerre de l’Indépendance américaine, la famille a été déportée par les Britanniques à La Rochelle, en France. Elle est cependant revenue vivre à Miquelon en 1783 où elle est demeurée pendant plusieurs années. Mais vers 1791, France Buote décide de déménager à Rustico avec son épouse et leurs cinq enfants. C’est là que François Buote est venu au monde, probablement en 1794.

Lorsque François Buote était jeune garçon, il est allé vivre au presbytère de Rustico à l’invitation de l’abbé Jean-Louis Beaubien. Ce dernier, un jeune prêtre québécois, avait été posté à l’Île en 1812 par l’évêque Joseph-Octave Plessis pour desservir les diverses paroisses acadiennes de l’Île. Comme c’était la tradition à l’époque, le père Beaubien a recruté parmi ses paroissiens un jeune homme qui lui paraissait intelligent à qui il pourrait donner des cours privés. Le but était de fournir une certaine éducation à un jeune qui pourrait éventuellement aller étudier dans un séminaire pour devenir prêtre. Mais le jeune François Buote n’est pas devenu prêtre. L’abbé Beaubien en a plutôt fait un instituteur. Dans une lettre qu’il a écrite à l’évêque Plessis, le 15 novembre 1814, il annonçait qu’il voulait ouvrir une école à Rustico et que l’instituteur serait le jeune qu’il avait lui-même éduqué :

Je crois qu’un moyen certain pour élever la jeunesse dans la piété c’est de la faire instruire autant que possible. C’est pour cela que je vais entreprendre de faire bâtir une école, et comme je n’ai point de maître tel que je désirerais, j’y mettrai mon garçon qui sait assez bien lire, commence à écrire et à faire les règles; en suite j’y veillerai moi même du mieux possible.

C’est ainsi que François Buote est devenu, en 1815, le premier Acadien à faire la classe à l’Île-du-Prince-Édouard. Vers 1822, il a quitté Rustico pour aller enseigner à Miscouche pendant une douzaine d’années. Enfin, en 1834, il est déménagé à Tignish où il a fait l’école jusqu’en 1857. Il avait donc environ 63 ans quand il a été forcé de prendre sa retraite de l’enseignement en raison de problèmes de santé. Il a alors essayé d’obtenir une petite retraite du gouvernement, mais sa demande a été refusée. Le gouvernement de l’époque n’avait pas prévu de prestations de retraite pour les enseignants qui se retiraient après de longues années dans l’enseignement.

François Buote a aussi été le premier Acadien a enseigner le plain-chant (genre de musique vocale sacrée) dans l’Île, ce qu’il avait probablement appris de l’abbé Beaubien. Parlant l’anglais assez couramment, ses compatriotes avaient souvent recours à lui pour exécuter leurs affaires. En 1847, il est devenu le premier Acadien insulaire nommé commissaire aux petites créances par le gouvernement de la colonie.

Le 11 janvier 1819, François Buote épousait Victoire Gaudet de Rustico. Ils ont eu neuf enfants dont une fille et huit garçons. Un de leurs fils, Gilbert Buote, a suivi sur les traces de son père et est devenu instituteur. En 1893, avec son fils Joseph-François, imprimeur, Gilbert a fondé à Tignish L’Impartial, le premier journal de langue française à l’Île-du-Prince-Édouard.

François Buote est décédé à Saint-Félix, paroisse de Tignish, le 30 novembre 1873. Il avait 79 ans. Aucune photo n’est connue de ce pionnier de la classe enseignante acadienne de l’Île.

 

Georges Arsenault

Rédigé pour l’École François-Buote
Le 8 mars 2011